Anatolie centrale et Ankara
Le plateau anatolien autour d'Ankara et Konya déroule steppes céréalières, archéologie hittite et tradition soufie des derviches tourneurs, loin des clichés balnéaires.
L'Anatolie centrale couvre un vaste plateau d'altitude moyenne 900 à 1200 mètres, ceinturé par les chaînes du Taurus au sud et des monts Pontiques au nord. Depuis notre agence à Ankara, nous voyons défiler une géographie de steppes céréalières, de lacs fermés et de villages de pisé où l'élevage ovin reste central. Le climat continental marque la région : étés secs à 30-32 °C en juillet-août, hivers froids avec neige fréquente de décembre à février, et amplitudes thermiques quotidiennes qui surprennent souvent les voyageurs venus de la côte égéenne.
Ankara, capitale depuis 1923, garde une réputation austère qui mérite d'être nuancée. Le quartier de Hamamönü, restauré autour de maisons ottomanes en bois, et la citadelle (Hisar) qui domine la ville offrent une lecture des strates successives, hittite, romaine, byzantine, seldjoukide, ottomane. Le Musée des civilisations anatoliennes, installé dans un bedesten du XVe siècle, présente les collections hittites de Hattusa et les bas-reliefs phrygiens de Gordion, deux sites archéologiques accessibles en excursion depuis la capitale. Le mausolée d'Atatürk (Anıtkabir) reste un passage obligé pour comprendre la République turque moderne.
Au sud-est, Konya joue un rôle spirituel singulier. Ancienne capitale du sultanat seldjoukide de Roum aux XIIe et XIIIe siècles, la ville abrite le tombeau de Mevlana Celaleddin Rûmî, fondateur de la confrérie des derviches tourneurs (mevlevi). Le musée Mevlana, ancien couvent (tekke) reconverti, conserve manuscrits, instruments et tenues rituelles. Chaque année du 7 au 17 décembre, la cérémonie du Şeb-i Arus commémore la mort de Rûmî avec des sema publics. Hors de cette période, des représentations hebdomadaires permettent d'assister à la danse rituelle dans un cadre moins solennel.
Entre Ankara et Konya s'étend le lac de Tuz (Tuz Gölü), deuxième lac de Turquie en superficie mais l'un des plus salins au monde. À la fin de l'été, l'évaporation concentre les pigments d'algues halophiles et la surface vire au rose. Les exploitations salinières du sud du lac fournissent encore une part importante du sel turc. Plus à l'est, Hattusa, capitale de l'empire hittite au IIe millénaire avant notre ère, déploie ses remparts cyclopéens et la porte des Lions sur un plateau battu par les vents, à 1300 mètres d'altitude. Le sanctuaire rupestre de Yazılıkaya, à 2 km, aligne des processions de divinités sculptées dans la roche.
La cuisine reflète le caractère continental de la région. À Konya, l'etli ekmek (pain plat allongé garni de viande hachée) et le fırın kebabı (agneau cuit lentement au four à pain) sont les plats de référence. Autour de Kayseri, en limite est de la région, le mantı (raviolis à la viande nappés de yaourt à l'ail) et le pastırma (viande de bœuf séchée aux épices) témoignent d'une tradition de conservation héritée des hivers rigoureux. Les blés durs du plateau alimentent une production importante de boulgour et de pâtes sèches.
Économiquement, le plateau vit du blé, de l'orge, de la betterave sucrière et de l'élevage. Konya est la première province agricole turque par sa surface. Cette ruralité, combinée à un urbanisme administratif à Ankara, donne à la région une atmosphère différente du tourisme balnéaire ou de la spectaculaire Cappadoce voisine. C'est une Turquie de l'intérieur, conservatrice par endroits, qui demande un peu de temps pour livrer ses nuances.
À découvrir
Musée des civilisations anatoliennes, Ankara. Collections hittites de Hattusa, idoles néolithiques de Çatalhöyük et bas-reliefs phrygiens présentés dans un ancien bedesten ottoman du XVe siècle, au pied de la citadelle.
Tombeau de Rûmî à Konya. Le couvent mevlevi du XIIIe siècle conserve le sarcophage du poète persan sous une coupole turquoise. Cérémonies sema (derviches tourneurs) chaque samedi soir au centre culturel Mevlana.
Site hittite de Hattusa. Capitale impériale du IIe millénaire avant J.-C. à 200 km à l'est d'Ankara. Six kilomètres de remparts, porte des Lions, et le sanctuaire rupestre de Yazılıkaya tout proche.
Lac de Tuz en fin d'été. De juillet à septembre, le lac salé vire au rose pâle sous l'effet des algues halophiles. Marche sur la croûte de sel près de l'exploitation de Şereflikoçhisar.
Site néolithique de Çatalhöyük. Village agglutiné de 9000 ans, fouillé en continu, où les maisons sans rues se visitaient par les toits. À 1 h au sud-est de Konya, inscrit à l'UNESCO depuis 2012.
Quand y aller
Les meilleures périodes pour parcourir l'Anatolie centrale s'étalent de mi-avril à fin juin, puis de mi-septembre à fin octobre. Au printemps, les steppes verdissent brièvement et les températures oscillent entre 15 et 22 °C en journée, idéales pour visiter Hattusa ou marcher autour des lacs. L'automne offre des ciels stables et des soirées fraîches autour de 10 °C, parfaites pour Ankara et Konya. L'été reste praticable mais sec et chaud, 30 à 33 °C à Konya en juillet-août, avec un soleil dur sur les sites archéologiques peu ombragés.
L'hiver, de décembre à mars, change radicalement la donne. Konya peut descendre à -5 °C la nuit, Ankara connaît plusieurs épisodes neigeux et certaines routes secondaires vers Hattusa ou Yazılıkaya deviennent délicates. Cette saison reste pertinente pour la cérémonie du Şeb-i Arus à Konya en décembre, à condition d'accepter le froid et un rythme de visite ralenti. Les précipitations annuelles sont faibles, environ 380 mm à Ankara, concentrées sur l'hiver et le début du printemps.
Conseils pratiques
Nous recommandons 2 à 4 jours sur la région selon votre intérêt pour l'archéologie et le soufisme. Un format court de 2 jours couvre Ankara (musée et mausolée) plus une étape à Konya. Avec 3 à 4 jours, on intègre Hattusa-Yazılıkaya à l'est et Çatalhöyük au sud de Konya, ce qui suppose des trajets routiers de 2 à 3 heures entre étapes. L'aéroport Esenboğa d'Ankara est le point d'entrée logique, bien desservi depuis Istanbul (1 h de vol) et Izmir. Konya dispose aussi d'un aéroport, et la ligne TGV Ankara-Konya relie les deux villes en 1 h 45.
La région se combine naturellement avec la Cappadoce, à 3 h de route de Konya ou d'Ankara, en transition vers ou depuis Istanbul. Elle peut aussi s'enchaîner avec l'Anatolie de l'Est pour les voyageurs disposant de 3 semaines. Le confort hôtelier est correct dans les centres urbains (4 étoiles internationaux à Ankara, boutique-hôtels dans la vieille ville de Konya), plus rustique près des sites archéologiques. Cette région convient aux voyageurs curieux d'histoire et de culture, peu intéressés par les paysages spectaculaires mais sensibles aux strates de civilisations. Les familles avec jeunes enfants y trouveront moins matière qu'en Cappadoce ou sur la côte.
